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Le récit

Une étrange découverte

C’était encore l’heure où tous les habitants du bourg étaient encore sous la couette, un de ces matins d’automne où la brume s’accroche. Martine Cabillot, la poissonnière, sortit de son arrière boutique avec deux gros sacs à chaque bras, prétextant son jogging matinal, attitude qui intriguait tout le village. Jacky Labrouhaite, un pauvre homme dont Martine avait pitié, vint comme tous les matins avant l’ouverture récupérer les épluchures de crevettes pour son chat qui dépérissait. Mais aujourd’hui, elle était en retard...

Elle jaillit tout à coup d’une ruelle sombre, et Jacky ne put que constater son attitude inhabituelle, stressée, mal à l’aise. Jacky rentra chez lui, renonçant à ses têtes de crevettes, au grand soulagement de Martine. Une seule personne pouvait l’aider, pensa t-elle en souriant. Et elle téléphona à Régis Boulay, son ancien camarade de lycée (Ah ! La seconde 8 ! La période la plus heureuse de ma vie, soupirait-elle), qu’elle avait retrouvé sur le site Copains d’avant. Il était détective privé, mais c’était elle qui l’avait retrouvé, avait-elle l’habitude d’insister. T’es lourde, Martine bougonnait-il alors, ce qui n’était pas faux.

— Tu ne vas pas me croire, Régis, mais ce matin je suis allée faire mon jogging...
— Ça non Martine, je ne vais pas te croire, c’est sûr !
— Laisses-moi finir, vieux merlu ! Je te disais donc qu’en allant faire mon jogging, euh, habituel, j’ai découvert quelque chose dont... dont je ne peux dévoiler l’existence.
— Fais pas ta mystérieuse, Martine, ça ne te vas pas du tout. Si tu m’appelles, c’est pour m’en dévoiler l’existence, t’es pas du genre à griller ton forfait en formule de politesse.
— C’est... C’est vraiment dur à dire Régis, ça me pèse vraiment.
— Commences par m’avouer ce que tu fais vraiment tous les matins à l’aube.
— Ben, mon jogging...
— Tu grilles ton forfait, Martine Cabillot !
— Bon, bon ! Ok je te dis tout... Tu sais que vue la petite taille de l’arrière-boutique je suis contrainte, par la force des choses, hein, et parce que la mairie ne m’a toujours pas autorisé à agrandir l’appentis côté cour, sans ça tu penses bien, tu me connais Régis, ce n’est pas mon genre...
— Tu me fatigues Martine !
— Ok ! ok ! J’y viens ! C’est impatient les hommes tout de même ! Ben comme je peux garder mes déchets pour les raisons que tu ne veux pas entendre alors que je te juste qu’elles sont parfaitement valables, alors...
— Alors ?
— Alorsjelesdéversedanslarivièrevoilàtusaistout, dit-elle en un souffle.
— Ah ! Je pensais à pire.
— Mais il y a pire ! Laisse-moi finir Régis Bulot !
— Ne m’appelle jamais bulot !
— Alors laisse-moi finir !
— Je t’écoute
— J’ai découvert un cadavre.
— J’entends rien !
— J’ai découvert un cadavre, Régis, un vrai mort très mort très raide et j’ai peur !
— Sérieux ?
— Je te le jure que la tête de tous nos copains d’avant ! Foi d’ancienne seconde 8 !
— As-tu appelé la police ?
— Je n’ai pas osé.
— C’est stupide !
— Mais tu ne comprends pas, Régis ! Je ne peux quand même pas dire aux gendarmes que mon jogging n’est pas un vrai jogging... J’ai eu trop d’ennuis, je n’en veux pas de nouveau.
— T’as qu’à dire que tu passais par là par hasard... Ce n’est pas trois bouts de tripaille de maquereau qui vont retenir leur attention... Tandis que si tu te tais Martine, tu deviens de fait la complice du meurtrier, et là pas de doute, les ennuis commencent, des ennuis dont tu n’as pas idée.

Par : Léa B.

Publié : 6 mars 2011