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Publié : 3 juillet 2016

Le destin de Miwa

Feng était assise sur son canapé, sa chevelure brune lui tombait sur les épaules. Elle était fatiguée et poussa un soupir quand l’interphone de son immeuble sonna. Elle regretta que son mari devait travailler aujourd’hui. Elle posa ses deux mains sur les accoudoirs du canapé et se leva avec difficultés. Son visage se crispa de douleur. Elle avait hâte de finir ces trois derniers mois de grossesse et enfin accoucher ! Elle marcha jusqu’à la porte et vit le facteur en uniforme jaune lui tendre une enveloppe. Elle le remercia et ferma la porte. Sur cette enveloppe était marquée : « République de Chine » avec un cachet montrant que cette lettre venait bien de l’État chinois. Elle n’eut pas le temps d’ouvrir la lettre que l’interphone sonna de nouveau. Elle posa la lettre sur la table et alla ouvrir péniblement. C’était son fils qui rentrait de l’école avec une mine soulagée d’avoir enfin terminé sa journée. Elle l’embrassa et lui demanda d’aller faire ses devoirs. Ensuite, elle prit l’enveloppe et alla s’asseoir dans son fauteuil. Elle était surprise de recevoir une lettre si officielle et un peu inquiète. Elle ne voulut l’ouvrir avant le retour de son mari. Elle posa la lettre sur la table basse et s’allongea puis ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, son mari penché vers elle, la fixait. Elle se releva brusquement, ce qui lui arracha un cri de douleur. Son mari lui dit : « Feng... doucement... Fais attention à ce que le médecin t’as dit. Il faut faire plus attention à Miwa. »
Feng ne l’écoutant pas, préoccupée de ne pas avoir préparé le repas, ni surveillé son
fils, se précipita dans la cuisine et cria :
« Hang ! Viens ici mon chéri, aide maman à préparer le repas.
_J’arrive tout de suite ! » Répondit-il.
Son mari la rejoignant, lui dit : « Ne t’agite pas trop, c’est mauvais pour le bébé !
_Oui mais je n’aurais pas du m’assoupir s’excusa-t-elle.
_Tu devais te reposer ! Cela est recommandé par le médecin lui rétorqua-t-il.
_Ne t’inquiète pas, va te reposer ! »
Il lui obéit car il était très fatigué et alla s’asseoir avec un soupir dans le canapé. Son regard croisa l’enveloppe grise posée sur la table du salon. Intrigué, il l’a prit et en découvrit le contenu. Il comprit grâce au cachet que l’enveloppe était officielle, il s’inquiéta et eut peur que cela eut un rapport avec la seconde grossesse de sa femme. En lisant le contenu, ce qui causa son inquiétude se confirma. Il déchira la lettre avec haine et décida de ne pas en parler à sa femme. Il ne voulait pas l’inquiéter davantage. Il posa la tête contre le dossier du canapé et ferma les yeux, pour oublier. Deng n’eut pas le temps de se reposer que sa femme l’appelait déjà pour le repas. Il se leva sans entrain et marcha lentement comme s’il portait un poids sur ses épaules. Il rejoignit la cuisine et s’assit en bout de table. Le repas se passa dans une atmosphère lourde. Ensuite, tout le monde alla se coucher. Feng et Deng embrassèrent leur enfant et allèrent rejoindre leur chambre. Feng s’assoupit rapidement alors que Deng ne pouvait fermer les yeux, en imaginant le pire pour bébé. L’aube venue, Deng partit travailler alors que sa femme et son fils dormaient toujours. Il les embrassa puis partit très inquiet. Deux heures plus tard, quand le réveil affichait 6 heures du matin, Feng fut réveillée par des coups brusques à la porte. Elle se leva furieuse et mal en point. Elle n’eût pas le temps d’aller jusqu’à la porte, une dizaine d’hommes en uniforme noir entra, en criant et en se jetant sur elle. Elle ne comprenait pas et vit son fils l’appeler en pleurant, tandis qu’ils l’emmenaient loin d’elle. Elle cria, en se débattant et pleura, elle comprit. Pour qu’elle se taise, les hommes l’endormirent. Quand elle se réveilla, elle était attachée, les yeux bandés sur une table, toute seule au milieu de la pièce. Une odeur aseptisée flottait dans l’air. Elle eût peur et commença à trembler. Elle s’agita puis commença à crier. Des hommes entrèrent dans la pièce, accompagnés de son mari, l’air accablé par le chagrin. Les hommes lui tendirent un document en lui demandant de signer. Elle refusa apeurée. Pour la forcer à signer, ils torturèrent son mari. Contrainte, elle le signa. Un homme s’avança, le visage sévère, avec une seringue contenant une couleur verte opaque dans sa main. Elle s’affola consciente du danger qui pesait sur elle et son enfant. Elle cria. L’homme s’approcha davantage et lui planta la seringue avec le liquide dans le ventre. Elle hurla de douleur et crispa ses mains sur la table. Les hommes repartirent ainsi que son mari, en sanglotant. Elle resta trois jours ainsi sans nouvelles. Elle pleurait, criait, hurlait. A la fin de ces trois jours de souffrances, une douleur inattendue la frappa et elle essaya de se recroqueviller. Elle cria de toutes ses forces et elle vit petit à petit son bébé arriver sur la table, gisant, inerte. L’horreur se vit sur son visage. Des hommes arrivèrent, sans dire un mot, la détachèrent et repartirent. Elle prit son bébé en sanglotant et ce jour, une partie d’elle mourut.

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