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Publié : 3 juillet 2016

Treize ans pour toujours

Ce mercredi matin 13 février 2013, Marion Fraisse, une jeune fille de 13 ans scolarisée au collège Jean Monet de Briis-sous-Forges en classe de 4ème C, veut rester au lit. Après le petit-déjeuner, elle remonta dans sa chambre. La veille déjà, elle s’est dite fatiguée afin d’échapper aux dernières heures de cours. Au retour de son travail, Nora, sa maman l’avait trouvée pâlotte sans vraiment s’inquiéter. Les petits maux de ventre, de tête, de cœur arrivent bien souvent à l’adolescence.
« Ne reste pas dans le noir ! » lui dit Nora en déposant le téléphone de la maison près de l’oreiller de sa fille pour pouvoir la joindre.
Elle partit déjeuner avec ses deux autres enfants chez une amie. Dans une heure ou deux elle serait de retour et sans doute tout irait mieux.
« Quand je serai rentrée, nous pourrons aller faire les magasins si tu veux ? » lui proposa-t-elle. Marion acquiesça.
Marion se retrouva donc seule chez elle. Elle décida d’allumer son téléphone. Elle avait reçu plusieurs messages dans la matinée. Ils disent tous la même chose : « tu n’es qu’une grosse pute », « sale boloss », « tu ferais bien de mourir » et bien d’autres encore du même type. Elle pleura. Elle pleura encore et encore. Elle se demanda pourquoi tout le monde était contre elle.
En effet, Marion est détestée de tous ses camarades de classe. Pourquoi ? Parce que c’est une élève brillante qui osait demander le silence durant les cours. Son quotidien est constitué de menaces, d’insultes, de moqueries d’une majorité de la classe sous le regard impuissant des professeurs. « Pute », « Connasse », « Pas de seins » sont les adjectifs les plus souvent utilisés par ses camarades pour la décrire. Mais il y a aussi « Boloss », « Cassos » et bien d’autres encore.
Hier, une jeune fille de sa classe l’a insultée à cause de ses vêtements qui, d’après elle et les autres élèves, ne sont pas « à la mode ». Cette jeune fille lui avait arraché son foulard, auquel elle tenait beaucoup et fit courir Marion dans toute la cour du collège pour essayer de le lui reprendre. Le bourreau finit par jeter le foulard dans la poubelle des toilettes. Marion dût le récupérer devant tous ses camarades qui lui riaient au nez. À cette pensée, elle se remit à pleurer encore une fois.
Elle finit alors par se dire qu’ils avaient sûrement raison et qu’elle n’est pas une bonne personne. C’est une pute, une connasse, une intello qui s’habille comme un sac. Elle ne réussira pas sa vie. Personne ne l’aimera jamais car c’est une boloss, une cassos et en plus, elle n’est pas belle. Elle est même très moche. C’est simple, elle ne devrait même pas être en vie.
C’est un cercle vicieux pour la jeune fille de 13 ans. Ça fait trop longtemps que ça dure, trop de souffrance, trop de méchanceté. Elle veut en finir. Pour de bon. C’est pour cette raison qu’elle est restée à la maison aujourd’hui. Pour en finir.
Marion prit un mouchoir et sécha ses larmes. Elle prit une feuille, un stylo et écrivit une lettre. Elle écrivit tout ce qu’elle avait sur le cœur. Tout ce qui la rendait malade. Tout ce qui l’a amené à mettre un terme à cette courte vie.
Une fois la lettre terminée, Marion prit son foulard qu’elle aimait tant. C’était un cadeau de sa mère. C’est sûrement l’objet auquel elle tenait le plus. Celui dont elle ne voulait jamais se séparer. Nora entrerait dans un peu moins d’une heure. Marion prit la lettre avec elle et bloqua la porte de sa chambre. Elle monta sur un petit tabouret pour pouvoir accrocher son foulard sur le porte manteau de sa chambre. Elle le noua ensuite autour de sa gorge. Elle enleva d’un geste le tabouret qui se trouvait sous ses pieds.
Marion partit vers la paix. Son cerveau se déconnecta peu à peu de son corps. Son âme s’en allait. La lettre tomba à terre. Les dernières larmes coulèrent. Puis elle sourit. Tout était fini. Toutes ces moqueries. Toutes ces insultes. Toutes ces menaces. Toutes ces souffrances.
Quelques temps après, le téléphone près de l’oreiller de Marion sonna. Nora essayait de joindre sa fille mais personne ne répondit. Marion ne pouvait répondre. Il était trop tard. Inquiète, la mère rentra chez elle. C’est après avoir forcé la porte de la chambre qu’elle vit le corps sans vie de son enfant de 13 ans.

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