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Publié : 3 juillet 2016

Le suicide de Marion

On était mercredi 13 février 2013, il était 7h15 quand le réveil de Marion sonna. Ce jour-là, Marion ne se sentait pas très bien et eût du mal à se lever, sa mère dût l’appeler plusieurs fois avant qu’elle ne se décide à descendre. Elle était en train de préparer le déjeuner quand soudain Marion entra dans la cuisine, elle était pâle et semblait malade. Sa mère la voyant ainsi lui proposa d’aller se recoucher, qu’elle n’avait pas à s’inquiéter et qu’elle allait s’occuper d’appeler le collège. Marion était une élève sérieuse de 4ème du collège Jean Monet à Briis-sous-Forges dans l’Essonne en région parisienne. Elle se retourna d’un visage inexpressif et monta dans sa chambre.
Quelques minutes plus tard, sa mère alla la voir pour lui dire qu’elle devait partir voir une amie. Elle n’en avait pas pour longtemps. Avant de se mettre en route, elle lui laissa son téléphone à côté d’elle pour qu ’elle puisse la contacter si besoin et pour se rassurer. Une fois sa mère partie, Marion se précipita sur son journal intime et prit un stylo pour écrire ce qu’elle avait sur le cœur depuis si longtemps.

« Mercredi 13 février
Cher journal,
Plus les jours passent et plus cette boule persiste dans mon ventre. La peur du regard et du jugement de toutes les personnes me hante le jour comme la nuit. Je ne supporte plus toutes ces insultes au quotidien, me faire traiter de « boloss », « pute », « grosse », « trop sérieuse »... Un jour, on me regardera comme toutes ces filles si belles et si pulpeuses, je ferai partie de ces groupes de personnes si populaires. Maman me répète sans cesse que « la beauté est dans les yeux de celui qui regarde », elle me répète aussi de ne pas faire attention à eux, que ce ne sont que des adolescents jaloux, sans avenir certain.
C’était jeudi en cours de français, Margot, une fille de ma classe m’a jeté son chewing-gum dans les cheveux en disant que tout déchet avait sa place dans une poubelle. J’ai fait comme si de rien n’était alors qu’au fond de moi, j’étais terriblement mal, je n’avais qu’une envie à ce moment précis, fondre en sanglots.
Ceci n’est qu’une petite partie de mon quotidien que je supporte de moins en moins. Cela fait déjà presque trois ans que ça dure, trois ans que tous les soirs, je me mutile pour faire ressortir toute cette haine que j’ai en moi. Ma mère ne remarque même pas cette souffrance. Je suis toute seule face à ce mal-être sans fin. »

Dès qu’elle eût fini, elle rangea son journal, là où personne n’irait le chercher. Elle alla sur Facebook car après tout, c’était une fille comme les autres, une fille qui va sur les réseaux sociaux et qui aimerait, quand elle va sur son compte, trouver des messages que réchauffent le cœur. Mais au lieu de ça, elle reçut des tonnes d’insultes aussi pénibles à lire les unes que les autres. Ce jour-là, ces insultes reçues étaient la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. Elle préférait donc se donner la mort plutôt qu’ avoir à supporter encore et encore tout ce qu’elle avait déjà subi pendant ces trois ans d’enfer.
Avant, de mettre fin à ses jours, elle écrivit une lettre destinée au collège, dans laquelle elle détailla tout ce qu’elle avait enduré, toutes ses souffrances, toutes ses humiliations, et le nom des personnes coupables de ce mal-être.

« Collège Jean Monet, Briis-sous-Forges
Mercredi 13 février
Si vous recevez cette lettre, c’est que je ne suis plus de ce monde.
Vous êtes allés beaucoup trop loin dans cette histoire : « faux-cul » ; « sans ami » ; « connasse » ; « on va te niquer à ton retour » ; « boloss » ; « sale pute »...
Ok je n’ai pas réussi à dire tout ce que j’avais sur le cœur, mais maintenant je le fais, même si mon cœur ne bat plus...
Adieux... Marion qui n’est plus de ce monde
Fraisse Marion, 4ème C »

Après avoir écrit cette lettre, Marion, adolescente brune, souriante de nature et pleine d’ambition, prit un foulard et l’accrocha au porte manteau. Elle posa un tabouret, monta dessus, accrocha le foulard autour du cou et se laissa tomber. Sa mère l’appela plusieurs fois sans qu’elle ne réponde alors prise de panique, elle laissa la voiture en route avec ses deux autres enfants à l’intérieur et se précipita dans la chambre de sa fille. Elle hurlait « Marion ! Marion ! » sans que sa fille ne réponde.
Alors, elle poussa violemment la porte de sa chambre qui était bloquée et trouva sa petite fille sans vie.
Elle la détacha, appela le SAMU qui tenta de réanimer Marion en vain. La jeune-fille paraissait calme, apaisée, comme si elle était enfin libre. Un léger sourire égayait son visage tout pâle. Marion, 13 ans s’est envolée vers un monde meilleur ce 13 février 2013.

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